Le carton "ALERTE"

Les joueurs de notre club sont plus disciplinés avec ce carton-ci qu'avec l'autre (le "STOP") !

La Fédération Royale Belge de Bridge met à disposition un document de 12 pages, expliquant en long et en large tout ce qu'il faut en savoir (https://www.rbbf.be/node/252). C'est dire qu'il n'est pas toujours évident pour nos joueurs de savoir s'il faut déposer ce carton ou si ... c'est interdit !

Depuis 2015, la fédération belge a introduit la notion de pré-alerte, c'est-à-dire l'obligation d'informer, avant le début du jeu, les principaux éléments du système joué : système de base ainsi que les dérogations à celui-ci; si donc vous jouez l'ouverture "meilleure mineure", lors d'un tournoi en Belgique, dites-le à vos adversaires avant de commencer à jouer, etc...

Rappelons quelques éléments importants concernant l'utilisation de l'alerte...

On ne peut pas alerter :

  • Les contres et surcontres.
  • Les enchères supérieures à 3SA sauf ouverture inhabituelle.
  • Les entames et signaux en cours de jeu.
  • Les enchères décrites dans le système Acol ou la Majeure 5ième.

Ce dernier point, pour notre club peut parfois paraître un peu flou : qui connaît le système Acol ?

On doit alerter :

  • Les enchères conventionnelles (y compris "passe" à signification spéciale : exemple, la convention "Copain")
  • Les enchères ayant une signification spéciale et celles dont les réponses ont une signification spéciale.
  • .../... (voir document de la fédération)

Procédure :

Lorsque vous estimez qu'il faut alerter l'enchère de votre partenaire, n'attendez pas que le joueur à sa gauche dépose un carton d'enchère sur la table ! Faites-le directement. Si vous avez un doute sur le fait de devoir alerter ou pas, alertez : il est préférable d'alerter à mauvais escient que d'omettre d'alerter quand c'est obligatoire.

L'adversaire à qui c'est le tour d'enchérir peut alors (et même bien sûr s'il n'y a pas eu d'alerte) demander à l'adversaire ayant alerté la signification de l'enchère de son partenaire (un conseil : ne le faites pas si cela ne vous intéresse pas à ce stade !).
L'adversaire ayant alerté fournit alors (il ne peut le faire qu'à la demande !) les explications quant à l'enchère de son vis-à-vis. Ce dernier ne peut en aucune manière corriger sur le champ une explication qu'il estime erronée !
 
Exemples : alertez-vous ou pas ?
 
Situation : votre partenaire répond 2SA sur votre ouverture de 1
Réponse : ça dépend ! Si vous jouez 2SA naturel, non, mais si vous jouez le 2SA fitté, oui !
 
Situation : donneur, votre partenaire ouvre 4SA.
Réponse : comme il s'agit d'une convention (puissant bicolore mineur), la réponse est oui.
 
Situation : en 4ième position, votre partenaire réveille l'ouverture du n° 1 de 1SA par un Contre.
Réponse : quelle que soit la signification de ce contre, la réponse est non, le règlement l'interdit.
 
Situation : votre partenaire ouvre 2SA (majeure cinquième autorisée).
Réponse : oui car dans le système de la majeure cinquième, en principe on n'a pas cinq cartes en majeure dans une ouverture de 1 ou 2 Sans-Atout.

 

 

 

 

Vous aurez bien sûr remarqué que, dans votre boîte à enchères, il y a deux cartons qui ... ne sont pas des enchères.
Le règlement international de bridge impose l'utilisation de ces deux cartons dans les circonstances particulières détaillées ci-dessous.
 

Le carton "STOP"

Trop souvent, on omet, à tort, de l'utiliser !
L'annexe 1 paragraphe 2 du réglement dit en substance ceci : "avant toute enchère à saut, y compris l'ouverture, le joueur doit poser sur la table face visible, le carton "STOP" et après, l'adversaire de gauche doit respecter une pause de 10 secondes, que le carton STOP ait ou non été retiré et même ait ou non été exposé ! Attention toutefois à ceci : l'utilisation intempestive du carton STOP est passible d'arbitrage...mais d'expérience, nous savons bien que c'est plutôt le contraire, tout aussi répréhensible, qui se produit d'habitude à la table.
Le règlement n'explique pas la raison de cette loi et vous aurez tendance à penser que c'est parce que l'enchère est à saut, et donc on en prévient l'adversaire de gauche (et les autres aussi d'ailleurs) pour éviter toute distraction de sa part.
Et bien non ! D'après certaines sources, c'est pour obliger l'adversaire de gauche à faire une pause d'une dizaine de secondes, lui permettant ainsi de ne pas montrer une hésitation quant à ce qu'il va déposer comme carton sur la table (passe ou une enchère). Un exemple est le suivant : l'adversaire à gauche du donneur possède une très belle main et s'apprête à ouvrir, sur un passe supposé du donneur, or celui-ci dépose son carton 3 Carreau sur la table.
Sans la règle du STOP, il est clair que l'adversaire de gauche va hésiter, risquant ainsi de donner à son partenaire des informations illicites.
D'où l'utilisation du STOP, qui force ainsi cet adversaire à faire une pause obligatoire d'une dizaine de secondes, ne montrant aucune hésitation mais un respect du règlement.
La source en question explique aussi que le carton STOP n'est pas nécessaire dans une séquence du style 1SA - 4SA : on voit mal le numéro 4 faire autre chose que passer, sans la moindre hésitation !
Personnellement, je vous conseille d'appliquer le règlement à la lettre, ça simplifie les choses.
 

Le prochain hebdobridge vous expliquera l'utilisation du carton ALERTE.

Le jeu de bridge, comme d'ailleurs bon nombre d'autres jeux, regorge de mathématiques.

Les débutants sont d'emblée confrontés au calcul des points d'honneur, de longueur et de distribution, au calcul du total probable des points de sa ligne.
A la règle de 11, de 7...
Tout ceci est généralement basé sur des mathématiques élémentaires : de simples additions !
 
Là où cela se corse, c'est quand l'analyse combinatoire s'en mêle !
Je vous donnerai en fin d'article une formule magique, mais vous n'aurez pas à la table, si besoin est, le temps de l'utiliser pour arriver à vos fins. Elle vous permettra de ... vérifier mes dires.
 
En tant que déclarant, vous aurez souvent à vous poser des questions du style :
 
  1. Est ce que je tire les honneurs en tête ou est-ce que je fais une impasse dans ma couleur d'atout ?
  2. Quelle est ma chance d'affranchir la longue du mort ?
  3. Un adversaire risque-t-il de couper le troisième tour de Pique ?
  4. Etc ...

La réponse à ces questions est cachée dans la "probabilité de la répartition des cartes restantes".

Ayant dans ma ligne N cartes dans une certaine couleur, quelle est la probabilité de trouver les cartes restantes distribuées X / Y, sachant que X + Y = 13 - N.
Bon, exemple : vous détenez 7 cartes à Coeur : quelle est la probabilité de trouver les cartes restantes réparties 3-3 ?
La réponse est 36 %. Et réparties 4-2 ? La réponse est 48 %.

Le tableau ci-dessous reprend les cas les plus fréquents :

Dehors  Distribution  
 % Dehors  Distribution
 %
    4       0-4  10       7       0-7  1
        1-3  50            1-6  6
        2-2  40         2-5  31 
    5       0-5   4         3-4  62
        1-4  28      8       0-8  0+
        2-3  68            1-7  3
    6       0-6   1         2-6  17
         1-5  15         3-5  47
        2-4  48         4-4  33
        3-3  36      

Loin de moi l'idée de vous faire retenir ce tableau par coeur, je vous le montre simplement pour que vous reteniez les généralités suivantes :

  1. S'il y a un nombre pair de cartes dehors (disons 2N), ce n'est pas la répartition N / N qui est la plus probable, mais bien la distribution N - 1 / N + 1.
  2. S'il y a un nombre impair de cartes dehors (disons 2N+1), c'est la répartition N / N + 1 qui est la plus probable

Le cas 6 cartes dehors est le plus connue : il y a 36 % de chance de les trouver réparties 3-3, contre 48 % de les trouver 2-4.

Encore plus simple à retenir : c'est un "léger" déséquilibre de la répartition des cartes restantes qui est le plus probable.

Pour les matheux :  quelle est la probabilité d'une répartition X / Y des cartes restantes ?
La réponse est C(X + Y,X) ou C est la fonction "combinatoire", soit donc C(X + Y,X) = (X + Y)! / (X! * Y!) ... si X = Y
Sinon, c'est le double de la formule citée.

 

Dans les clubs de bridge ou lors de tournois, on entend de plus en plus parler d'enchères "multi".
Le mot "multi" signifie que l'enchère peut couvrir plusieurs types de mains, l'ouvreur spécifiant plus précisément sa main lors de sa deuxième enchère.
 Une des plus connues est l'ouverture de 2 Carreau Multi.
On verra que l'adoption de cette convention implique nécessairement des changements d'autres ouvertures (j'avoue que c'est une des raisons qui m'a incité à ne pas l'adopter !)
Voici de quoi il retourne, ou du moins, une des nombreuses variantes (référence : https://sites.google.com/site/bridgejfm/2k-multi-et-inferences)
 
Cette ouverture couvre les mains suivantes :
  1. Main qu'on ouvrirait autrement d'un deux majeure faible.
  2. Main régulière de 22-23H (ouverture traditionnelle de 2♣ fort indéterminé).
  3. Main de 20-23H avec une mineure au moins 6ième.
Comme indiqué plus haut, on constate que cette main "couvre" les ouvertures de deux majeur faible et partiellement du 2♣ fort indéterminé.
Il faut donc adapter aussi d'autres conventions comme le 2♣ fort indéterminé et les barrages de type Muyderberg, c'est à dire une majeure par 5 et une mineure par 4 minimum en dessous de l'ouverture.On en reparlera dans de futurs hebdobridges...
 

Réponses dans le silence adverse :

  • 2     0-14H sans 3 cartes à
      • Passe   avec un 2 faible
      • 2♠         avec un 2♠ faible
      • 2SA      avec un 2SA fort
      • 3m        avec une mineure forte
  • 2♠     0-14H avec 3+ cartes à
      • Passe   avec un 2♠ faible
      • 3         avec un 2 faible
      • 2SA      avec un 2SA fort
      • 3m        avec une mineure forte
  • 3M    Prolongation du barrage avec 2/3 cartes à et à ♠
      • Passe ou rectification
      • 3SA     avec un 2SA fort
      • 4m      avec une mineure forte
  • 4M     Naturel
      • Passe
      • Continue si fort
  • 3SA   Conclusion 
      • Passe
      • Continue si fort
  • 2SA   15+H, relais
      • 3♣/♦    avec un 2/♠ faible minimum
      • 3/♠    avec un 2♠/ faible maxiimum
      • 3SA    avec un 2SA fort, suite en Stayman, Texas, ...
      • 4♣/♦   avec une mineure forte
Les réponses en cas d'intervention seront couvertes dans le prochain hebdobridge. Vous l'aurez compris, et au risque de me répéter, s'engager dans le 2 Carreau Multi est une aventure qui implique de considérer des enchères de "remplacement" pour le deux faible, à présent couvert par ce Carreau Multi et aussi pour l'ouverture de 2♣ fort indéterminé.On en parlera ultérieurement, avec les ouvertures "Muyderberg" et 2♣ ... Multi, pardi !
 
 

 

 

 

 

 

("Double Dummy" signifie littéralement "Double Mort".)

Une des particularités du Bridge par rapport à d'autres jeux de cartes (je pense surtout au Whist), c'est la notion du "Mort". Un jour, expliquant cela à une "whisteuse", elle s'écrie : mais vous trichez, vous voyez les cartes d'un autre joueur !Lui expliquant toute la richesse de cette particularité, elle ne fut pas vraiment convaincue...
Toujours est-il que cette particularité introduit de facto une asymétrie dans le jeu de la carte : le déclarant voit toutes les cartes de sa ligne, les défenseurs la moitié des deux lignes, à savoir sa main et celle du mort.
Du coup, si par exemple il y a au mort AD732 de Coeur et que le déclarant possède 65, il peut tenter l'impasse au Roi de Coeur sans savoir si cela va réussir ou pas, alors que la défense ... connaît la réponse !
S'il y avait deux morts, c'est-à-dire le mort habituel et l'un des défenseurs, les deux joueurs restants, à savoir le déclarant et l'autre défenseur connaîtrait le diagramme complet de la donne.
En effet, si Sud est déclarant et voit la main de Nord et d'Ouest, il connaît trois mains et peu en déduire la quatrième ... tout comme pourrait alors le faire Est.
Ces deux joueurs joueraient ainsi, comme on dit, à cartes ouvertes... et pourraient donc joueur de façon "optimale".
L'arrivée de l'informatique, et plus précisément d'ordinateurs puissants (votre PC portable peut exécuter plusieurs milliards d'instructions par seconde !) a permis d'écrire des programmes permettant de trouver, en quelques secondes à peine, les meilleurs contrats jouables pour une donne quelconque, sur base de la connaissance des quatres mains, d'où son nom de "Double Dummy Solver" (DDS). L'un deux, écrit par Bo Haglund, est un programme qu'il est possible d'intégrer dans d'autres programmes dédiés au bridge (un peu de pub ne fait pas de tort, suivez ce lien : BriTay, le Bridge du Tay !
Ainsi, lorsque vous participez à un tournoi où les donnes sont préparées, vous recevez peut-être en fin de tournoi le diagramme des donnes avec, pour chacune d'elles (peut-être aussi) le tableau établi par le DDS.
 Voici un exemple parmi mille, avec l'explication du tableau DDS résultant :
                                                         Nord
                                                            ♠  V 10 9 7 5 2
                                                            ♥  10 9
                                                            ♦  6
                                                            ♣  R D 8 6
                              Ouest                                                 Est
                              ♠  R 8                                                   ♠  D 4
                             ♥  7 2                                                      A R V 4 3
                              ♦  A D 10 8 4 3 2                                     R 7 5
                              ♣  V 3                     Sud                        ♣  A 7 4
                                                             ♠  A 6 3
                                                             ♥  D 8 6 5
                                                             ♦  V 9
                                                             ♣  10 9 5 2
Double Dummy présentera sur ce diagramme, le tableau suivant :
                                SA   ♠            ♣

                      Nord      -     2     -     -     2

                      Sud       -     2     -     -     2

                      Est       5     -     2     6     -

                      Ouest     5     -     2     6     -

Le tableau indique donc le contrat que réaliserait chacun des joueurs dans les couleurs proposées.
Ici, vous voyez clairement que le meilleur contrat est le petit chelem Carreau, joué par Est ou Ouest.
N'oubliez pas qu'il s'agit ici du meilleur contrat, à cartes ouvertes pour tout le monde.A présent, à cartes ouvertes (et même fermées !), faites votre plan de jeu pour le contrat de 6 Carreau par Ouest, sur entame Pique, et ne vous laissez pas tenter par l'impasse à la Dame de Coeur qui, comme vous pouvez le constater (Double Dummy oblige) ... échoue !