On voit trop souvent des joueurs barrer dans des situations inadéquates ou avec des mains non adaptées : barrer en premier avec une couleur anémique ou main d'ouverture au palier de un, etc...

Ce petit hebdobridge (je remercie Christian Dexhorez pour ses excellents conseils en la matière) va remettre les choses au point dans ce domaine...

Les barrages, que ce soit en majeure ou mineure, et à tous les niveaux ont pour but :

   1. Aider le partenaire
   2. Gêner les adversaires
 
Ils doivent être précis, pour que le partenaire puisse prendre la bonne décision.
 
En première (vous êtes donneur) ou deuxième (le donneur a passé, c'est à vous d'enchérir) position, le barrage doit être constructif : le partenaire n'a pas encore parlé, vous n'avez aucune idée de la valeur de sa main : si vous barrez, c'est pour donner à votre partenaire une image précise de votre main.
Vous n'avez pas plus de 10H, pas deux As et une couleur de 6,7 ou 8 cartes (suivant le palier du barrage : 2,3,4) par au moins deux gros honneurs (As, Roi, Dame).
 
En troisième position, comme votre partenaire a passé, vous pouvez barrer de façon destructive, pour gêner un maximum la paire adverse.
Ici, les conditions sont identiques, sauf que votre couleur peut "descendre" jusqu'à D 10 .... (vulnérable) et même V 9 ... (non vulnérable).
 
Enfin, en quatrième position, pas de barrage !
 
Voici quelques exemples :
 
Pos   Vul ?   Main                                                          Enchère
 

 1       Non     ♠ V 9 8 7 6 5  A 5 3  ♦ 10 2  ♣ R 9     Passe. Non constructif, votre Pique est anémique.

 3       Oui      ♠ D 10 8 7 6 5  A 5 3  ♦ 10 2  ♣ V 9   2. Destructif (le partenaire a passé) : le n° 4 a une ouverture, c'est sûr !

 1       Non     ♠ A R 10 4 3 2  3  ♦ 10 8 3 2  ♣ 10 9 2. Constructif. Si le partenaire doit entamer, il sait où, et à juste titre.

 2       Non     ♠ A 8 7  A D 9 7 5 3  ♦ 10 2  ♣ 9 4     1.  Deux As, ouvrez classiquement, vous avez 12 HL tout de même.

 2       Non     ♠ R 8 7  A V 6 4 5 3  ♦ 10 2  ♣ 7 6      Passe. Votre Coeur n'est pas assez beau (pas deux gros honneurs)

 4       Non     ♠ V 9 8 7 6 5  A 5 3  ♦ 10 2  ♣ D 9      Passe. Les adversaires ont 22 H dans leur ligne...facile à calculer !

 1       Non     ♠ A R 8 7 6 5  D 5 3  ♦ 10 2  ♣ R 9    1. Vous n'êtes pas distrait et avez ouvert classiquement avec 14HL !

 1       Non     ♠ D V 9 8 7 5 2  V 9 7 3  V  ♣ 3        Passe. Deux raisons : couleur laide et une majeure 4ième (fit possible)

  
 
 
 

 

 

Suite de l'hebdobridge n° 19, voici une situation de coup à blanc sur le terrain.

Votre contrat : 6 ♠
Entame : 8 de Pique
 
    Nord
    ♠  5 4
    ♥  A R 6 5 2
    ♦  8 6 2
    ♣  A 6 4

 

    Sud

    ♠  A R D V 9
    ♥  7 4
    ♦  A R 4
    ♣  R 9 5
 
Vous comptez deux perdantes, à savoir un Carreau et un Trèfle.
Votre seule chance est d'affranchir les Coeurs (84 % de chance de les trouver 3-3 ou 4-2 dehors).
Tout content d'avoir si vite trouvé comment éliminer une des perdantes mineures, vous purgez les atouts adverses, tirez As et Roi de Coeur et encore Coeur coupé : comme "prévu", Ouest défausse sur ce troisième tour de Coeur.
 
Et maintenant ?
 
Maintenant vous êtes, comme on dit en bruxellois, gepist (foutu) !
En effet, pour réaliser le cinquième Coeur, il vous faut deux remontées au mort : une pour le quatrième tour de Coeur que vous couperez, et une pour faire la levée du cinquième Coeur, enfin affranchi.
Or ... vous n'avez plus qu'une seule reprise au mort, l'As de Trèfle.
 
La solution : il fallait tout simplement, après avoir purgé les atouts, jouer un coup à blanc à Coeur. Cela paraît curieux de céder une levée dans une couleur où on imaginait ne rien donner, mais à présent, la défense ne fera plus la moindre autre levée, car vous pourrez défausser une petite carte mineure sur le Roi de Coeur et une autre sur le cinquième Coeur affranchi.
Récapitulons : purge des Atouts, coup à blanc en Coeur. La défense revient en mineure : on prend en Sud, Coeur pour As, Roi et petit coupé : le cinquième Coeur est à présent maître et il reste le Roi de Trèfle comme reprise au mort .
 
Remarques importantes !
Vous aurez peut-être constaté que si vous tirez en tête l'As et le Roi de Coeur, vous réaliserez une levée supplémentaire dans le cas d'un partage 3-3 de la couleur, alors que le coup à blanc ne vous la procurera jamais !
En tournoi en carré, le coup à blanc s'impose, car une levée supplémentaire ne rapporte rien, alors que la chute d'une manche presque sur table comme ici (seules les répartitions des cartes restantes 0-6 et 1-5 font toujours perdre le contrat) est une catastrophe en points IMPs.
En tournoi par paires, par contre, le choix entre le coup à blanc et tirer la couleur en tête est plus subtil.
Des calculs mathématiques dont je vous épargne les détails montrent qu'il faut jouer le coup à blanc, si au moins une petite moitié (43 % pour être précis) des paires de votre "champ" (ceux qui vous jouer avec les mêmes mains que vous) le fait.
Et cela, c'est à vous à le "deviner" !
 
 

 

Après l'entame, et une fois le mort étalé, que ne voit-on moultes déclarants appeler dans la foulée une carte du mort.

Même si le mort est singleton dans la couleur d'entame, un bon déclarant prend systématiquement le temps d'établir un plan de jeu, avant d'appeler la moindre carte du mort. Il analyse la situation, même avec des mains "faciles". Dans les cas plus difficiles, il lui faut étudier les problèmes, trouver et appliquer la bonne technique (voir l'hebdobridge n° 3 : techniques du jeu pour le déclarant).

A la couleur, il faudra compter les perdantes, et les gagnantes. A Sans-Atout, c'est de préférence les gagnantes que l'on va compter.
Devant une situation difficile, n'hésitez pas à prendre une, voire deux minutes pour établir votre plan de jeu.
Voici un exemple facile :

 

Assis en Sud, vous êtes arrivés au contrat de 4 Coeurs.
 
             Nord
             ♠  R 6 5
             ♥  A 9 5 4
             ♦  D 5
             ♣  D 8 7 6
 
 
             Sud
             ♠  A 7 3
             ♥  D V 10 7 6
             ♦  R V 4
             ♣  R 5
 
Ouest entame de la Dame de Pique.
Résistez à l'envie d'appeler directement une carte du mort : d'ailleurs, sans réfléchir, allez vous appeler le Roi ou une petite ?
Cet exemple va vous montrer que la prise de cette première levée est déterminante pour assurer votre contrat !
Prenez donc le temps d'établir votre plan de jeu.
Vous avez quatre perdantes dont trois sans doute inéluctables : les As mineurs, un Roi d'atout mal placé et un Pique.
Une fois l'As de Carreau délogé, vous pourrez écarter un Pique du mort sur le troisième tour à Carreau.
Mais attention, vous devez déloger l'As de Carreau directement, car autrement, la défense aura un temps d'avance sur vous et prendra une levée à Pique, avant de vous donner l'occasion d'en défausser un au mort. Si en effet vous commencez par l'impasse au Roi de Coeur et qu'elle échoue, la défense rejoue Pique directement, et comme vous devrez concéder la première levée à Carreau, la défense jouera un troisième tour de Pique à son avantage.
 
On en revient à présent à la première levée : appelez vous le Roi ou une petite carte pour votre As ?
Supposons que vous preniez la levée de l'As et jouiez ensuite la Dame de Carreau : un bonne défense ne prendra pas cette levée !
Vous rejouez donc Carreau, et cette fois-ci la défense prend de l'As et joue Pique !
Vous êtes au mort par le Roi, sans possibilité directe de revenir en main pour tirer le Carreau salvateur. La défense aura maintenant le temps de réaliser une levée en Pique, pour une chute. Il faut donc prendre du Roi de Pique au premier pli.

Notre club (Club de Bridge Saint Lambert), ... non ..., tous les clubs de bridge essayent d'être un maximum convivial !

 

Les tournois dits "de régularité" (chez nous, tous les jeudis après-midi) s'adressent souvent à des joueurs de niveau moyen, voire des débutants, et notre club n'échappe pas à la règle.

Vous relirez le paragraphe n° 6 de notre règlement (Règlement du club) qui spécifie : ..."Le but du club est de promouvoir un bridge convivial. Il ne s'adresse pas aux joueurs "professionnels et assimilés", ni à ceux qui ne pensent qu'aux règles strictes,  au code et à l'appel fréquent à l'arbitre.  Au contraire, nous voulons accueillir les paires moyennes mais aussi les paires moins expérimentées, auxquelles les paires plus aguerries se feront un devoir de mieux faire connaître notre jeu favori,  en toute convivialité."

On attend donc de tout un chacun d'être aimable, correct, flexible, de ne pas hausser le ton intempestivement, de toujours rester courtois et souriant.

 

La réalité de tous les jours est hélas parfois bien différente.

Voici l'extrait d'un article du Bridge Info (revue officielle de la ligue des cerches de bridge de la communauté française belge) n° 169 (page 32, 3ième trimestre 2017). L'article est intitulé "Formation au Bridge au CB Smohain" : ..."Cependant tout n'est pas toujours rose. Lors des premiers tournois avec participation de néophytes, l'un ou l'autre joueur averti a préféré appliquer aggressivement le code et gagner une levée au lieu de proposer simplement la rectification de l'erreur du débutant. En un instant, on réduit ainsi à néant plusieurs mois d'efforts pour intégrer ces nouveaux adeptes. En effet, depuis, les victimes de ce comportement maladroit ont malheureusement renoncé à fréquenter les tournois hebdomadaires pour se tourner vers un "bridge des familles"".

 

Et cet exemple n'est qu'un des nombreux comportements qui nuit profondément et souvent durablement à la bonne anbiance des clubs.

N'oubliez pas que nos tournois de régularité sont là pour nous divertir, évoluer dans notre bridge (Christian Dexhorez, membre du comité et professeur de bridge se fait toujours un plaisir de fournir des explications sur l'une ou l'autre donne du jour), faire la connaissance d'autres joueurs dans une ambiance chaleureuse.

Si à la table, l'un ou l'autre joueur vous importune, de quelle que manière que ce soit, n'hésitez pas à appeler discrètement et immédiatement l'un des membres du comité présent afin de règler le différent et de prendre les mesures qui s'imposent, que ce soit par rapport au règlement ou à l'attitude des joueurs.

 

Pour terminer, quelques conseils de la Fédération Belge Francophone : Soyez Sympa !

 

 

 

L'hebdobridge n° 36 vous a donné l'exemple d'une carte pénalisée.
Il s'agissait du cas où un joueur défausse une carte, alors qu'il devait suivre dans la couleur, et que ce fait a été constaté par ses adversaires.

Il y a bien d'autres cas où une carte est pénalisée, on en reparlera dans un futur hebdobridge !

La carte est donc pénalisée : elle est laissée face visible sur la table devant le joueur à qui elle appartient.

Je passe ici volontairement la notion de carte pénalisée principale et secondaire, afin que les explications restent ... compréhensibles pour tout un chacun, sachant de toute façon que le cas d'une carte pénalisée secondaire est encore plus rare que celui d'une carte pénalisée principale !

Donc la carte est pénalisée, ce qui veut dire précisément que :
 
1. La carte pénalisée doit être jouée à la première occasion, que ce soit pour attaquer, fournir, défausser ou couper.
2. Quand c'est un joueur de la défense qui attaque, alors que son partenaire a encore une carte pénalisée, il doit demander au déclarant :
  • s'il interdit de joueur la couleur de cette carte
  • s'il exige de joueur de cette couleur.
  • si le déclarant exige ou interdit, la carte l'est plus pénalisée et le joueur la reprend dans sa main.
  • si le déclarant laisse le joueur libre d'attaquer ce qu'il veut, la carte reste pénalisée.

Je détaille un rien le point 1 ci-dessus énoncé :

1. Attaquer : le joueur qui a une carte pénalisée doit la jouer s'il "a la main" (il remporte une levée).
2. Fournir : le joueur qui a une carte pénalisée doit la fournir si la couleur en question est jouée, quelles que soient les autres cartes qu'il détiendrait dans cette couleur.
3. Défausser : le dit joueur doit fournir cette carte pénalisée s'il ne détient plus de carte dans la couleur jouée, que ce soit un atout ou pas.
4. Couper : donc le joueur doit couper s'il en a l'occasion !